Nous ne réalisons pas toujours à quel point nous vivons une époque magnifique. Je dis cela en sachant pertinement que certaines fois, nous sommes submergés
par le flot des nouvelles hécatombes. Il est facile d'être catastrophés par les maux de la société, par les désastres écologiques, par les guerres insolubles. Toutes ces choses ont une existence
qui n'a rien d'illusoire, cependant en nous focalisant sur le mal nous faisons pâlir l'or du possible, nous affadissons la lumière du siècle en sombrant dans le désespoir.
La mondialisation nous amène à considérer l'instauration d'une culture planétaire, une civilisation sans frontières. Il y a là potentiellement une grande espérance, celle du retour au plus petit
dénominateur commun: l'humanité. C'est pour cette raison que l'humanisme fait son chemin contre le matérialisme, même si l'humanisme n'est qu'une étape vers un retour du
spirituel.
Le défi qui se pose à nous est simple: créer un monde responsable, qui ne laisse plus sur le bord de la route les plus faibles mais leur accorde une place. Un monde où l'on ne prendrait plus le
voisin, l'étranger comme bouc-émissaire. Mais la question qui revient est toujours la même: "comment?" Tout simplement en refusant la médiocrité du laxisme et en cultivant la
vertu avec persévérance.
Il convient tout d'abord d'apprendre à se connaître les uns les autres, à réaliser régulièrement une introspection critique, à chercher assidument des solutions harmonieuses aux problèmes qui se
posent, à cultiver l'art des métamorphoses qui nous détacheront des habitudes de stagnation.
Ne rien faire serait rajouter au désastre, ce serait déjà mourir. Contre l'insoutenable abandon, le suicide collectif de l'humanité, l'espérance peut faire triompher la vie et impulser
une évolution nouvelle de l'être humain, mais un activisme spirituel est indispensable.
Dans ce contexte des forces de changement sont en éveil dans le monde entier. Si au Proche-Orient la religion musulmane impulse cette "reconquête de la grandeur", l'Occident quant à lui se
mobilise dans la libre-pensée et le synchrétisme du Nouvel Age. C'est dans l'amour et le dialogue que ces forces trouveront leur cohésion et parviendront à s'extirper des sentiments de "choc
inéluctable des civilisations".
La rencontre du monothéisme radical et gnostique avec le mysticisme synchrétique et eschatologique peut donner lieu à la plus belle école de pensée spirituelle,
par fusion-émission d'énergie, un "tsim-tsoum" suivant le terme kabbalistique.
Un Nouvel Age s'annonce certes, qui verra s'achever le littéralisme islamique pour faire place à l'expérience du coeur, qui verra l'occident retrouver la pureté des enseignements du Christ et
intégrer ceux du Messager de Dieu Seyyidina Muhammad (sws). Ce nouvel age sera le temps du Ta'wil, la remontée de la Parole vers le sein de Dieu, l'ascension de l'homo sapiens sapiens vers l'homo
sapiens spiritus.
Mais qu'est-ce que le nouvel age? Le moins que l'on puisse dire à ce sujet, c'est qu'il n'y en a pas une seule définition ni une seule explication d'ailleurs. En fait on peut raisonnablement dire
que chacun y va de sa propre théorie, de son propre calcul. Pour certains il ne s'accomplira que dans 200 ans, pour d'autres il aurait commencé au milieu du XXe siècle. L'idée la plus
répandue veut que les années 70-80 ont été le "réveil de la conscience du nouvel age" et que le cap de 2012 soit un horizon de transformations profondes.
La théorie des cycles astrologiques de plus ou moins 2000 ans sous-tend la pensée new-age, c'est pourquoi la divination y trouve une place de choix. L'ère des Poissons étant celle des disciples
du Christ -des pécheurs-, l'ère suivante serait celle du Verseau, dans l'ordre inverse des cycles mensuels de l'astrologie occidentale. Peu importe la véracité des influences planétaires et
stellaires, l'attachement des coeurs au symbôle du Verseau exprime l'idée d'un baptême de l'humanité, à l'image de celui qu'instaura seyyidina Iohanân (Yahia, St Jean-le-baptiste (als) dont le
nom signifie "YHVH fait grâce"). Ce baptême caractérise l'entrée dans la dimension sacrée, la purification, la Grande Ablution de l'Âme!
Cette idée est aimable, pleine d'espérance pour ceux qui cherchent l'Eveil. Son fondement mythique est universel: c'est l'eau de jouvence, l'élixir de Vie Eternelle dans laquelle il nous faut
nous immerger. Certains auraient tenté de rapprocher cette grande immersion spirituelle des conséquences du réchauffement planétaire sur la fonte des glaces et la progression du niveau des mers,
mais laissez-moi m'en tenir à un propos spirituel et laisser à d'autres le soin de nous protéger dans l'avenir par d'érudits calculs.
Ma démarche en effet ne consistera pas à vous impressionner par une argumentation scientiste qui n'aurait rien à voir avec la connaissance occulte authentique. Le Mu'min -c'est-à-dire
non pas "croyant" mais confiant, convaincu- a charge de percevoir les vérités intelligibles, de ne pas se perdre dans les calculs et les hypothèses, dans la rationalisation qui passe par une
intellectualisation de processus qui n'ont leur siège véritable nulle part sinon dans le Sacré-Coeur.
La voie du Mu'mîn consiste à accepter l'inconnu et à le gérer, non chercher à l'éliminer. Il ne s'agit nullement de limiter ou d'interdire la réflexion personnelle et la recherche comme le font
les prétendus "savants" qui se réservent le titre de mujtahîd en se cooptant dans une sorte de consanguinité intellectuelle. L'idée d'Imân qui n'est pas "croyance" mais "conviction", "confiance"
consiste à accepter notre ignorance du Plan Divin, du devenir qui participe de l'inconnaissable, le Ghayb.
C'est là qu'on s'apercevra d'une erreur classique chez les apprentis sorciers du nouvel age, dont j'ai fait parti durant les quatre années qui précédèrent ma grande rémission (et non pas ma
"conversion", le mot ne décrit pas bien le processus de transformation progressive qui m'a mené à me reconnaître dans l'Islam, non pas à m'y assimiler sans jugement et réflexion
sur chaque verset et chaque haddith), c'est justement d'effectuer ce genre d'estimations, de "prédictions" qui résultent en fait de l'état intérieur souvent parasité par nombre de
formes-pensées", de djinns.
Or les djinns sont le plus souvent de mauvais conseillers, car ils sont liés à la représentation du divin par l'affirmation d'un fait encore incertain, batissant des édifices d'auto-suggestions.
Il s'agit en fait de virtualités que nous finissons par transformer en réalités à force d'y croire; c'est là la force de l'intention (niyyah) bien connue des shamans depuis la haute
antiquité, voire même avant, lorsqu'elle se retrouve contre celui qui l'a semé. Le maraboutsisme est une forme normalisée en Islam de ce savoir shamanique. Les sages initiés appellent cela le
Choc en Retour.
C'est le processus qui fait que "le magicien ne prospère jamais", car il est vite pris dans la toile de l'Insufflateur Furtif" (Waswasî-l-Khanass) qui lui fait accorder
un pouvoir à des objets matériels dénués de toute puissance sans la Volonté du créateur, sans sa grâce. Cette approche nourrit l'orgueil des djinns, qui sont les émanations de ces formes
concrêtes et complique énormément l'existence par le jeu des influences énergétiques, des interactions de ces esprits-matières avec l'être humain réceptif.
C'est là que l'Islam peut et veut être le garde-fou de cette suprasensibilité. Son fondement est le Tawhîd qui lui seul constitue l'essenciel du prêche du Prophête Seyyidina Muhammad
(sws). La pensée musulmane est simple: lavérité, bien que paradoxale, est une et indivisible. Notre étroitesse humaine ne nous permet pas de la contempler, cependant elle est. La vérité
n'est nullement un fantasme, car le fantasme c'est de devenir omniscient. Bien au contraire nous sommes ignares, nous ne connaissons que des noms, des concepts, des approches, des hypothèses, des
théories...
et...
... et tout ce qui nous paraît s'opposer se retrouve dans l'Unicité fondamentale. C'est là la mashî'a al-tawhîd, la vérité paradoxale que développe la science occulte
des balances, 'Ilm-al-Mawazîn. Cette science des balances est celle de la suprême transcendance, un absolu que nous ne saurions connaître pleinement dans ce monde. Nos
chemins divers ne sont que des angles de vue d'un Tout que nous occultons, que beaucoup d'entre nous (les relativistes) ont préféré refouler.
La véritable facilité, suivant l'Islam, n'est pas dans l'égotisme. Cette facilité vraie c'est celle que le Christ Seyyidina Yeshua (Issa,
Jésus) (als), dont le nom signifie "YHVH sauve"), le nazoréen nous recommandait en disant "Heureux les simples d'esprit". Il n'a jamais s'agit de sottise ou
d'automutilation cognitive, il s'agit de se recentrer sur le Rûh -notre âme- et sa libération des souffrances de l'impermanence inhérente à notre univers, qui seule
assure la respiration du Souffle de Vie, et permet notre ascension vers Jinna, l'Espace-Temple du Délice Premier, Paradeios, "le Jardin de Plaisance".
Cette remontée vers l'Eden, ce Tawîl est enseigné dans le haddîth (dit du Prophête, sur lui la Paix):
" Le mu'min cherche la sagesse (hikma) où qu'elle se trouve. C'est à lui qu'il revient de la chercher." Mais
qu'est-ce que la sagesse? N'est-elle pas au desus des moyens de l'homme? C'est ce que pensent les relativistes car il y a sur leurs coeurs, siège de la conscience, des voiles épais. Leurs âmes ne
sont pas encore circoncises dans la confiance, al-Imân.
Certes, aucun homme ne sera jamais le Sage par excellence (Hakîm) mais nous pouvons bien jouir de la divine sagesse (hikma), car il se trouve en nous de
nombreux capteurs, sensibles à toutes sortes de messages, de signes. Celui qui se circoncis dans l'Imân authentique devient réceptif aux voies des anges et comprend les signes et les rêves. Ainsi
pouvons-nous bénéficier de la hikma ultime en devenant "confiants", mu'mîn, et donc demandeur du savoir de sagesse.
C'est la véritable foi qui nous est commandée, la foi d'Abraham notre père spirituel, l'amour inconditionnel pour notre Seigneur Dieu. C'est cet amour qui nous sauvera du ravage du temps car il
est dit "ce n'est pas le sacrifice que Je veux mais la miséricorde", ainsi que "Ni leurs chairs, ni leur sang n'atteindront Allah, mais ce qui l'atteint de votre part c'est la piété"
(22.37)
Dieu est Al-Wakîl, le Secoureur, auquel il convient de se confier sans retenue afin de goûter notre rachat dans l'infine mansuétude et d'être conduits dans Sa Gloire.
C'est cet amour infini de la créature pour le Créateur tel un fils pour son père et du Créateur pour sa créature tel un père pour son fils, c'est cela l'Imân. Dans l'offrande de nos êtres
réside dans la compréhension divine, la sanctification par la transcendance.
Par degrés successifs, l'Imân nous élève au delà de la matérialité dans les hautes sphères célestes, notre deneure finale. Ainsi retrouvons nous notre nature originelle, la fitra. Cette fitra de
l'être humain est d'être le point culminant de la terre et le commencement du ciel, l'entre-deux, l'isthme-double. C'est pour cela que l'être humain est khalifa, le
Calife.
La hikma consistera pour l'humanité (insân) à vivre cet équilibre naturel et accomplir pleinement son humanité (insâniyya). C'est à travers l'homme que s'établit la régence et
c'est en cette voie qu'il est sage de vivre pour l'homme.
"Lors ton Seigneur dit aux
anges "Je vais instituer un lieutenant (khalifa) sur la terre". Ils
dirent: "Quoi! Tu rendrais tel celui qui tant y fait dégat et qui verse le sang, alors que nous autres célébrons par la louange Ta transcendance et sainteté?" Il dit: " Moi, Je sais ce que vous
ne savez pas".
Il apprit à Adam tous les noms, qu'ensuite Il énonça aux anges, leur disant: "Informez-Moi de ces noms, pour autant que vous soyez véridiques".
Ils dirent "A ta transcendance ne plaise. Nous n'en savons que ce que Tu nous en a appris.
Il n'est que Toi de Connaissant, de Sage."
Il dit :"Adam, informe-les de leurs noms". Quand Adam les eut informés de leurs noms, Il dit: "Ne vous avais-Je pas dit que Je
suis le plus savant du mystère des cieux et de la terre?
Et Je sais ce que vous publiez comme ce que vous cachez".
Lors, Nous dîmes aux anges: "Prosternez-vous devant Adam". Ils le firent à l'exception d'Iblis [c'est à dire Lucifer]. Il s'y refusa par orgueil: le premier des dénégateurs!..."
(2.30-34)
La culture du nouvel age a fort à retirer de cette vision de la khalifa en Islam, cette lieutenance qui s'établit par
succession, génération après génération afin d'aboutir au comble de perfection du Christ Yeshua ressuscité à la Fin des Temps, en ultime commandeur des croyants, lui, l'Homo
Spiritus Sancti. Sa descente correspondra à la préparation de la terre pour recevoir la Jérusalem Céleste, afin d'établir la nouvelle génération dans le
Royaume d'Eternité, Yawmi Dîn, l'Age de Discipline.
Si l'Age de Discipline -dont les signes annonciateurs sont tous réunis -est bien le Nouvel Age, alors coïncident les voies d'Orient et d'Occident dans une révélation
d'éternité présentielle. Il nous faut alors accéder à cette Vie véritable, cette Vie Absolue dont le chemin nous est ouvert. Comment? En apprenant à lire des signes de la Mère du Livre ce qui est
irfân -la Gnose- et en pratiquant le comportement d'excellence ce qui est adab al-ihsân, le Bel Agissement-.
Que la Paix soit sur vous, ainsi que la grâce et la miséricorde de Dieu
Amîn
Salam
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louismor :