"Ne considère point si l'auteur d'un tel livre
Fut plus ou moins savant;
Mais s'il dit vérité, s'il t'apprend à bien vivre,
feuillette-le souvent.
Quand son instruction est salutaire et bonne,
Donne-lui prompt crédit;
Et, sans examiner quel maître te la donne,
Songe à ce qu'il te dit"
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Puis-je, par la force de ma volonté, animer ce qui est inanimé ? Je peux lui donner la forme, l’apparence d’un être vivant, mais je ne peux lui donner la vie. Il n’est pas en mon pouvoir donner la vie à une matière dénuée d’organisme. Puis-je créer des organismes minéraux, sur la base des lois inhérente à la matière ? Nous rentrons là dans la question de la robotique.
Un robot a-t-il un instinct de survie ? Est-il capable de se reproduire ? Je sais constituer un cerveau artificiel, des nerfs artificiels, des articulations artificielles, etc. Pour autant, le robot est-il vivant ? A-t-il un instinct de survie ? Ressent-il la joie et la peine ? Est-il capable d’indifférence ? A-t-il un ego ?
A tout ceci, la science répond inéluctablement « non », même si cela demeure le fantasme de la robotique. Mais notre perception, basée sur notre expérience des choses, qui demeure limitée, peut nous convaincre du contraire : nous pouvons imaginer qu’une peluche, un jouet, une statue soit animée de sa propre vie, nous pouvons être persuadés qu’il y existe une conscience, une conscience de soi (ego), et même imaginer que nous pouvons dialoguer avec cet « être vivant » ! Mais cet être vivant existe-t-il ?
L’expérience rationnelle nous montre que non, mais l’expérience sensible peut parfois nous dire le contraire. Ainsi l’enfant dans la semi-obscurité peut voir un monstre dans sa chambre en regardant les formes de sa robe de chambre posée sur sa chaise, ou le tas de ses vêtements dans l’ouverture de son placard, ou même s’imaginer un monstre sous son lit alors qu’il n’y a pas regardé. Ces monstres existent-ils ?
Concrètement, non. En imagination, oui. La conscience d’une chose peut exister sans que la chose existe, cette conscience est ainsi
une chose dans la conscience d’un être conscient. Elle peut être une chose « vivante », avec une histoire, mais elle demeure une chose pensée, même si elle paraît être une chose
pensante pour notre imagination.
Une statue est une statue, elle n’a pas conscience d’être une statue, mais elle l’est. La conscience de la statue peut cependant exister, mais dans l’imagination. Ce qui est imaginé est bien
imaginé et existe donc, mais dans une Réalité Imaginale.
Le fait même que je l’appelle statue est le fruit de l’imagination : ce n’est que de la pierre taillée ! Je l’appelle statue
par commodité ! Comment puis-je appeler les êtres vivants imaginés, ceux du monde imaginal ? Ces monstres ou amis imaginaires ? Je peux globalement leur attribuer une forme, plus
ou moins précise, et je peux les caractériser par le fait qu’elles m’apparaissent, que je les pense. Nous les appellerons formes-pensées, ou djinn.
Ces formes-pensées peuvent être nourries par l’imagination d’un seul, ou par l’imagination de plusieurs. Plusieurs pouvant en avoir une perception différente, cette forme-pensée est-elle unique
ou multiple ? Nous savons qu’au plan de la réalité physique, il est possible d’appréhender la même chose de façon différente, de percevoir le même être de façon différente, sans contester
que cette chose, que cet être, ait une réalité unique.
Nous ne pouvons donc pas nier la possibilité que la chose communément imaginée ait une existence unique. Nous pouvons juste convenir qu’elle n’a pas la même forme pour tous, les mêmes
attributs.
Pour nombre d’êtres humains, Dieu se situerait à ce niveau. Nous pouvons donc dire que pour ceux-là, l’idée qu’ils se font de Dieu est
en fait un djinn, une représentation en pensée, une forme-pensée.
Dieu est-il une forme-pensée ? A ce niveau de raisonnement, nous ne pouvons pas conclure cela, car il faut creuser encore bien des questions avant de dégager l’objet de cette question en
lui-même. Ce mot fait en effet irruption ici alors qu’il implique des notions qui n’ont encore ni été démontrées, ni même postulées.
En tout cas, il en est ainsi du robot: il n'est pas vivant, mais je peux me l'imaginer. Il n'a pas de conscience propre (ego), mais je peux me
l'imaginer. Si je l'ai imaginé, j'admets l'avoir imaginer, donc il y a une conscience imaginale du robot, mais elle n'est pas un ego pour le robot, elle est plutôt un erzats de
l'imaginaire.
Pourquoi donc est-ce que je parle de réalité imaginale plutôt que de réalité imaginaire? Parce que cette réalité est imaginée, mais elle existe réellement, et la qualifier d'imaginaire
pourrait sous-entendre qu'elle n'existe pas.
La réalité imaginale existe, elle est réelle, mais elle est une dimension qui ne trouve prise que sur les êtres capables d'imagination, et les choses imaginales peuvent être niées, en s'imaginant
qu'elles n'existent pas, en imaginant un monde sans elles. Cependant, dès qu'elles sont imaginées, elles existent, en imagination!
Si je les dit imaginaires, je les nie. Si je les dit imaginaux, je les repousse simplement de la dimension physique à la dimension de l'esprit, et plus particulièrement de l'imagination,
c'est à dire que ces djinns résultent de moi ou du moins vivent en moi. Ils peuvent se développer assez pour que j'en parle, et ils vivent alors parfois aussi chez les autres, si bien qu'une fois
morte chez moi, c'est à dire n'ayant plus d'existence en moi, elle peux vivre chez les autres, indépendemment de moi, même après ma mort.
Puisqu'il y a des formes-pensées, y a-t-il des pensées sans forme? Une réalité sans forme?
Que nous dit-on?