"Ne considère point si l'auteur d'un tel livre
Fut plus ou moins savant;
Mais s'il dit vérité, s'il t'apprend à bien vivre,
feuillette-le souvent.
Quand son instruction est salutaire et bonne,
Donne-lui prompt crédit;
Et, sans examiner quel maître te la donne,
Songe à ce qu'il te dit"
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Je sais que j’existe, parce que je pense et que je ressens, je suis un esprit et un corps, je ne peux le contester, parce que l’expérience de mon corps et de mon esprit est incontestable, tant elle est permanente et inévitable. Je peux connaître la souffrance et le bien-être, ainsi que l’indifférence. Je suis.
Suis-je tout ce qui est ? Il y a-t-il des choses qui existent hors de moi ? Qui pensent hors de moi, ressentent hors de moi ? Je sais par l’expérience que des êtres qui se meuvent en ce monde, se mouvant en parole et en action le font hors de ma volonté, que ma volonté n’y est pour rien, qu’il n’en est pas avec eux comme il en est avec mon corps ou avec mon esprit.
Par l’observation, je sais que certains de ces êtres sont « construits » comme moi : leur corps, leur organisme, sans être tout à fait identique au mien y est apparenté et fonctionne comme le mien. Eux aussi soutiennent penser et agir par eux-mêmes et expriment le fait de ressentir les choses, tout comme moi. Comme moi, ils ont conscience d’eux-mêmes : ils savent qu’ils sont. J’ai donc un ego, et eux aussi ont un ego. Il en est ainsi au moins des humains.
Par analogie, je peux communiquer à un degré plus sensitif, instinctif et émotionnel avec les animaux, qui eux, ne parlent pas. Il m’est possible de communiquer avec eux. Parfois il m’est possible de m’ en faire obéir après qu’ils aient été dressés, c’est-à-dire qu’ils aient appris à répondre à une demande en offrant ce qui est demandé. Je sais aussi qu’ils apprennent les uns des autres, et même tout seuls, face à la nécessité.
Ainsi ils pensent, assez pour ressentir et agir. Les animaux ont donc un ego. Ils sont conscients des besoins de leur corps, ils savent distinguer ce qui leur procure un soulagement et ce qui les fait souffrir, mais ils ne savent pas toujours comprendre comment cela fonctionne, ils ne font que suivre l’appel de leur nature, bien que l’on puisse les forcer quelque peu à adopter des comportements fondés sur l’habitude, non sur l’instinct, grâce au dressage, à l’expérience répétée. Les animaux ont donc un ego, et ils ont conscience du « Ça ».
J’observe ensuite le végétal. A-t-il un ego ? Difficile à dire...
Il réagit à son environnement en s’adaptant. Par contre, il ne s’adapte que dans la limite de ce que sa nature lui permet d’accomplir. Il ne semble pas avoir de conscience. Nulle part dans l’arbre il n’est de cerveau qui centralise et étudie les informations recueillies par les sens, et il n’y nulle part dans le végétal quelque chose qui s’apparente à des sens, sauf certaines plantes dont la survie dépends d’une réactivité à l’environnement, comme les plantes carnivores ou les tournesols.
Se peut-il que cette plante existe sans avoir d’ego, alors ? C'est-à-dire qu’elle existe sans le réaliser de quelque façon ? Est-il possible d’exister sans avoir conscience d’exister ?
Ne puis-je donc respirer sans avoir conscience de respirer ? Puisque je peux respirer sans être conscient de respirer, ma respiration agit hors du champ de ma conscience. Dans ce cas, la plante peut sans doute vivre, croître et mourir hors du champ de sa conscience, comme j’inspire et j’expire sans conscience d’assouvir le besoin naturel de ma nature d’être vivant. ¨
Dans ce cas le végétal est, sans pour autant avoir un ego : Il existe sans être capable d’en prendre conscience. Il existe donc un Principe Existentiateur qui ne soit pas la conscience existentielle de la chose qui existe. Je sais que je suis parce que je pense, mais ce n’est pas penser qui fait que je suis. Penser et ressentir ne sont que les moyens de savoir que je suis, ce n’est pas eux qui me font être. Ainsi, pour qu’une chose existe, il ne faut pas nécessairement qu’elle ait un ego.
Je ne dois donc pas me demander si elle pense et ressens, mais si il m’est possible de me prouver son existence par un moyen autre. Je peux me prouver qu’une chose existe si je peux la ressentir et l’éprouver, c’est-à-dire tester par des interactions avec ce que je sais être –mon corps, mon esprit, les autres êtres vivants- qu’elle ne peut pas se défiler, qu’elle ne peut pas ne pas être, que ce qui arrive à ce que je sais être est dénué de sens si cette chose là n’existe pas. En postulant ceci, je postule que l’absurde est inacceptable dans ma recherche, que je ne peux l’admettre.
Si une chose suit toujours les mêmes règles, c’est non seulement qu’elle existe mais que ces règles existent, même si je ne parviens pas à les démontrer autrement que par la réalité de leur application.
Je ne peux accepter l’absurdité comme explication aux sensations ni aux pensées, même si je ne suis pas à même de trouver une explication démontrable en vertu de mes capacités, car je sais que mon ego constitue mes limites, qu’il y a plus que mon ego dans ce qui existe, qu’il y a la possibilité que je ne parvienne pas à savoir tout par moi-même, et qu’il y a la possibilité qu’il existe des choses dont je n’ai pas conscience.
J’observe le minéral. Existe-t-il ?
Il ne réagit pas à son environnement en s’adaptant, pas même dans les limites de sa nature. Par contre, il réagit suivant des lois permanentes et démontrables, comme l’érosion, la gravité, le magnétisme, la dissolution, et ainsi de suite.
Il ne semble pas non plus avoir de conscience, ni d’ego. Nulle part dans le minéral il n’est de cerveau qui centralise et étudie les informations recueillies par les sens, et il n’y nulle part dans le minéral quelque chose qui s’apparente à des sens.
Si je touche le minéral, je ressens sa présence, mon cerveau est inondé d’informations sur ses propriétés : sa solidité, sa rugosité, sa température, son humidité, et ainsi de suite. Je peux interagir avec lui, le déplacer, le briser, le tailler ou le modeler, mais je ne peux pas ne pas interagir avec lui, le traverser par exemple. Donc il existe.
Cela conforte le fait que le Principe Existentiateur est bien indépendant de la conscience d’être. En effet, le minéral ne « fait » jamais rien pour aller à l’encontre de ce qui lui arrive, il ne cherche jamais à échapper à sa nature ou à sa condition et il subit toutes les interactions des êtres vivants sans tenter d’y échapper. Il est donc ce qui est le plus simple à observer pour constater les lois fondamentales de la matière.
Puis-je, par la force de ma volonté, animer ce qui est inanimé ? Je détecte ce que je nomme la vie en voyant une réaction à mon interaction. Ce qui est inhérent à toute forme de vie, ce qu’on appelle l’instinct de survie. Le minéral existe sans être animé, sans avoir de vie, car il n’a aucun instinct de survie. Il ne naît, ni ne vit, ni ne meurt. Il change juste de propriété par mes interactions, de façon mécanique et parfaitement reproductible. En observant les lois que suit le minéral, j’observe des lois qui sont sûres, et qui pourront se retrouver en toute matière, y compris la matière organique, la matière vivante.
J’ai donc résolu ce qui suit :
Que nous dit-on?