Par le Très Saint Nom de la Divinité Miséricordieuse par Essence et par
Excellence
Le peu que nous sachions sur le mode opératoire de la création consiste en ces mots: "kun fa yakun",
c'est à dire "soit, et cela est". C'est par la verbalisation que le monde émane du néant. Le Kalâm -parole créatrice divine- est
l'énergie créatrice elle-même, parousie du principe divin.
Le Sauveur lui-même est dit "Loi et Logos" dans la Prédication de Pierre
Le kalâm, libère les potentialités du maktûb, c'est cette même énergie qui a instruit les Saints Prophètes de l'Ecriture (kutùb).
Dès lors que nous nous engageons dans le processus de création, on distingue le kalâm -la plume- et la Table Gardée. La Table Gardée est le "cadre d'existence" qui
correspond au maktûb comme "cadre des possibles".
{ Sachez donc qu'il y a un seul Dieu
Qui a fait le principe de toutes choses,
en étant aussi le maître de leur fin;
Et qu'Il est le Dieu invisible,
Lui qui voit tout;
impossible à contenir,
Lui qui contient tout;
dépourvu de tout besoin
Lui dont tous les êtres ont besoin et par qui ils existent;
incompréhensible, éternel, incorruptible;
non créé,
Lui qui a tout créé
Par la Parole de Sa Puissance } (Prédication de Pierre)
La gnose visualise cette Table Gardée sous la forme du Séraphin Israfil dont la "forme" est calligraphique, faite de combinaisons chiffrées
en mouvement, reflètant la contemplation de la Table Gardée par le Séraphin.
La Table Gardée est porteuse du Destin par détermination des conditions d'existence (ahkam). Israfil en est l'unique lecteur, il s'apparente donc directement
à cette "Mère du Livre" incréée, dont l'origine est à trouver dans la pré-éternité. Son plan d'existence se limite donc à l'absolu, il n'atteint pas le monde sensible de
l'éphémère. Nous disons en cela qu'il est Premier Conscient, lieu d'épiphanie du divin. C'est ce que l'Evangile nomme le Logos.
"Au Commencement: le
Logos, le Logos est vers Dieu, le Logos est Dieu.
Il est au Commencement avec Dieu. Tout existe par Lui, sans Lui, rien" (Jean I,1-3)
Le premier Conscient est donc manifestation directe de Dieu, théophanie suprême, à tel point qu'on le confond avec Allah Dieu exalté Lui-même! Si l'on
nous dit qu'il est "vers Dieu" (etslo), "avec Dieu", pourquoi croit-on bon de
dire qu'il "est Dieu"? C'est là certes une figure de style pour que nous comprenions qu'il manifeste Dieu dans le monde phénoménal, qu'il est un attribut divin.
Voici comment, dans le processus de création, de la "Mère du Livre", premier conscient -Logos- s'engendre l'Esprit Saint
(Ruh al-Quds) par une entrée dans la matière:
"Il est dans le monde, le monde existe par lui, le monde ne le connaît pas" (Jean I.10)
"Le Logos a pris chair. Il a fait sa demeure parmi nous, nous avons vu sa Gloire pleine de Grâce et de Vérité. Présence filiale-monogène qu'il tient du Père"
(Jean I.14)
Le Logos est ici le kalâm, Parole dans le monde soufflée par Dieu pour lui donner vie: "Celui sur qui tu verras descendre et demeurer le Souffle (Pneuma), c'est lui qui nous plonge dans l'Esprit
Saint" (Jean I.33)
Il y a parallèle entre ce "fils monogène qui demeure au sein du Père" et Adam recevant le Souffle Divin, mais nous y reviendrons plus tard. C'est cette descente du Souffle divin qui caractérise
les Ben Elohim: élus de Dieu.
"Mais à tous ceux qui recoivent, à ceux qui croient en Son Nom, Il
donne d'être enfants de Dieu. Engendrés ni du sang, ni de la chair, ni du vouloir d'un homme, mais de celui de Dieu" (Jean I.12-13)
Seyyidina Iohanân (Yahia,
Jean-le-Baptiste) en témoigne:
"J'ai vu, j'atteste, c'est lui l'Elu de
Dieu" (Jean I.34)
"Fixant les yeux sur Yeshua (Issa; Jésus-Christ, fils de Marie) qui passait il dit: Voici l'Agneau de
Dieu".
Le langage évangélique est très symbolique. Le Noble Coran rappelle sans équivoque qu'il n'est pas à prendre au pied de la lettre. Nous aborderons à ce sujet
la question du Christ dans un chapitre réservé. Il est cependant Incarnation du Verbe, le Logos dans lequel et par lequel se révèle le Souffle (Pneuma) dans
le monde, faisant correspondre son microcosm symbolique au macrocosm universel, dénotant l'accomplissement de son être. Le mot kamâl -signifie "parachevé". Il est fondé sur une permutation des
lettres k.l.m du kalâm et s'applique au Noble Coran et au caractère
du Saint Prophête seyyidina Muhammad (sws).
Se faisant agneau et enfant, il reçoit la plénitude de grâce et de Vérité, et s'unit à l'âme du monde qui est vérité: haqîqa. Cette haqîqa est un autre nom pour l'Esprit Saint (Ruh al-Quds),
l'essence de tous les prophêtes, l'"Esprit de prophétie" de l'Apocalypse. A la Table Gardée correspondait Israfil, au souffle de vérité correspondra Jibril (l'Archange Gabriel) (als). Il est
dit "l'Hermès du monothéisme": messager porté par les vents, il fait communiquer la création avec le Créateur.
On parlera de conscience seconde ou de Premier Emané, car à la différence d'Israfil, Jibril pénettre l'éphémère, il s'y épiphanise dans la révélation aux prophêtes et prophêtesses (Maryam, Marie
est considérée comme telle bien qu'on préfere lui attribuer la fonction de Rapprochée, "sainte" dans le vocable chrétien). Verbe présent dans le monde, il est l'agent de Dieu exalté. Incarné en
Sidna Issa bin Maryam (Jésus fils de Marie)(als), il est créature, mais à la différence des créatures coupées de leur source divine, il demeure subtilement uni au divin, car il est hors du monde
dans le sein de Dieu exalté.
Il est l'expression de la divine transcendance, lumière de vie pour les hommes, démonstration de sa proximité.
"On t'interroge sur l'Esprit. Dis: l'Esprit est du ressort de Dieu et il ne vous a été donné de science qu'une part bien
chétive" (57.85)
Le chrétien dira que l'Esprit Saint, le Pneuma, c'est Dieu Lui-même parce qu'au Commencement, dans la pré-éternité, rien ne le distingue de
Lui. Cependant la création l'a depuis particularisé en faisant de lui son agent dans la création, car rappelons-le: le kalâm est Parole. Il accompli la volonté divine (irâda): kun fa yakun.
C'est par la parole de Dieu exalté que Celui-Ci a créé le monde. Cette parole est l'expression du Divin, infusion (hulûl), émanation (atsilût) de la Toute-Puissance dans la matière.
Qualifiée d'etslo -"auprès de"- il est fondu avec le Divin car parti prenante de son être mais il est créature car il appartient à Dieu exalté et ne le délimite pas. En effet, Dieu est aussi bien
dans la parole créatrice que dans le silence contemplatif, caractérisé par le Trône du Septième Jour. Si donc la parole appartient à Dieu mais que Dieu n'a pas besoin de la parole pour exister,
alors le kalâm n'est pas Dieu, il est tout au plus un attribut de Dieu (Sifât) dans le monde des phénomènes (alam
al-shuhud).
Or l'attribut n'est pas l'essence comme nous le verrons au sujet de nûr, la lumière. Le kalâm devient l'intermédiaire entre Dieu et la création, c'est pourquoi on l'appelle l'Esprit Saint
(Ruh al-Quds), c'est par lui que s'accompli la communication. Lien unificateur, conscience universelle, le kalâm -Premier Emané- est l'âme du monde saint.
C'est pour cela que l'archange Gabriel (als) qui en est la personnification est appelé Al-Amîn (l'Exaussé) et le cosmos
Alamîn (les mondes).
L'existence du kalâm nous montre qu'il y a une créature qui impulse les bonnes intentions humaines, l'Ange de Dieu, par lequel la Volonté Divine vient à s'accomplir à travers nous. La source de
nos succès n'est ni notre propre individualité ni l'inspiration angélique, mais la Volonté Divine (iradâ) qui a façonné l'ange et l'homme pour l'écouter, lui, le Dieu Unique et lui obéir consciemment ou inconsciemment.
C'est en ce sens que nous accomplissons le "cadre des possibles", le maktûb, car
celui-ci a prévu non pas notre agissement mais le mode opératoire de la guidance (Hidaya), laquelle nous a mené à agir. On pourrait voir dans cette
"obéissance à la volonté divine" un déterminisme en opposition avec la liberté de destin. C'est là voir la volonté divine comme on voit une volonté humaine, or la
irâda n'est pas une prescription unilatérale mais une suggestion paradoxale.
Elle se manifeste par la guidance ou par la tentation, suivant la réceptivité de notre fort-intérieur.
"Tout vient de Dieu, le mal vient de toi",
car ce qui est mal, ce qui fait mal, c'est le péché, "Hethe" qui signifie
"manquer la cible". C'est manquer l'acte voulu, manquer à notre direction, notre qibla spirituelle.
"Nûn. Par le Calame et ce qu'on mit en lignes" (68.1)
"Iqrâ (lis, ou rassemble)! Au Nom de
ton Seigneur qui créa l'homme d'un accrochement ('alaq) ... Iqrâ! de par ton Seigneur Tout Générosité, Lui qui enseigna par le kalâm, enseigna à l'homme ce que l'homme ne savait
pas" (96.1-5)
Cet aspect du kalâm "initiateur de la vérité", lumière des hommes, nous l'aborderons dans "l'élection initiatique", et "la Foi des Prophêtes" insh Allah. Pour l'heure, il est déjà
bien compris comme agent de création, serviteur fidèle du Tout-Puissant. Rappelons qu'il n'en est pour autant pas un associé: sa volonté propre est pour ainsi dire nulle, de par sa parfaite
soumission à Dieu. De ce fait, effacé, il n'est que l'outil, non une aide à laquelle selon certains, Dieu -qu'il juge les associateurs suivant Sa Volonté- aurait fait appel pour réaliser la
Création.
Il est probable que vous sortirez choqués par de tels propos. Qu'Allah me pardonne, ma pensée n'est pas aisée à présenter... Mes frères, fissa-bi-llah, relisez bien cet article avant de me répondre sur ce que vous pensez avoir compris de mon propos.
La Paix soit sur vous tous mes Frères et mes Amis!
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